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Sport et cancer : bouger pendant et après les traitements
le 07/08/2026
Longtemps, on a conseillé le repos aux personnes traitées pour un cancer. La science a tranché dans l'autre sens : l'activité physique est aujourd'hui un soin à part entière, qui agit sur la fatigue, la tolérance aux traitements et la qualité de vie. À la clinique des Rosiers, à Dijon, le programme PEPS accompagne depuis 2018 des patients en plein parcours de soins. Explications avec Morgane Grosset, cadre de rééducation de l'établissement.
« Reposez-vous. » Pendant des décennies, c'est la consigne qu'ont entendue les patients au moment du diagnostic. Elle partait d'une bonne intention : ménager un organisme éprouvé par la maladie et par des traitements lourds. On sait désormais qu'elle était contre-productive. Le Plan cancer 2014-2018 a marqué un tournant en France, en s'appuyant sur une accumulation de travaux, d'abord centrés sur le cancer du sein, montrant que bouger, régulièrement et de façon encadrée, améliore concrètement le vécu et le pronostic des malades.
Ce que la science a démontré
Le constat de départ portait sur deux effets majeurs. « Il y avait beaucoup d'études qui ont montré, notamment pour la prise en charge du cancer du sein, que l'activité physique avait une action sur la fatigue et le risque de récidive », rappelle Morgane Grosset. Mais la liste des bénéfices s'est vite allongée : limitation de la perte de force et d'endurance musculaire, meilleure tolérance à la chimiothérapie et à la radiothérapie, action sur la douleur, amélioration de la qualité de vie.
Les mécanismes en jeu dépassent largement le muscle. « Le fait de bouger, de contracter ses muscles, a une incidence sur l'insulinosensibilité, sur l'état inflammatoire de bas grade, sur le métabolisme des lipides », détaille la cadre de rééducation. L'effet se lit aussi au niveau cérébral, avec une action sur la production de neurotransmetteurs comme la dopamine et la sérotonine et donc sur l'humeur et sur le sommeil, deux dimensions durement affectées par la maladie.
Une condition, toutefois : la régularité. Il ne s'agit pas d'une performance ponctuelle, mais d'une pratique inscrite dans le quotidien. Et si la recherche reste plus fournie sur les cancers du sein et du côlon, les bénéfices s'observent désormais sur d'autres localisations : endomètre et foie, entre autres.
PEPS : dix semaines pour se remettre en mouvement
C'est sur cette base qu'est né en 2018 le programme PEPS — Programme d'Éducation Physique Spécialisée. Le nom n'a rien d'anodin. « Nous avons souhaité un acronyme un peu plus lumineux, parce que nous savons que ce sont des parcours de soins difficiles, compliqués. », explique Morgane Grosset.
L'entrée dans ce programme se fait exclusivement sur prescription médicale, via une fiche d'admission adressée par un oncologue, un radiothérapeute, un hématologue ou un médecin traitant. Le patient est ensuite convoqué une demi-journée : bilans et échelles d'évaluation avec l'infirmière coordinatrice et l'enseignant en activité physique adaptée (APA), puis validation médicale. Ces mesures seront reproduites à la sortie, pour objectiver les progrès.
Le programme se déroule sur dix semaines en hôpital de jour, à raison de deux séances hebdomadaires pendant cinq semaines, suivi de trois séances hebdomadaires pendant cinq semaines. Une montée en charge délibérée : beaucoup de participants sont encore sous traitement, et il faut composer avec leur agenda comme avec leur fatigue. Au menu, du reconditionnement à l'effort — gym, renforcement musculaire, étirements, en salle et en balnéothérapie — et, à chaque venue, un travail sur ergocycle, vélo, tapis ou stepper.
Autour de ce parcours de soin gravite toute une équipe pluridisciplinaire : médecin, infirmière coordinatrice, deux enseignants APA, diététicien, ergothérapeute, psychologue, assistante sociale, sophrologue, socio-esthéticienne et kinésithérapeute au besoin. Des ateliers complètent les séances, sur la gestion du stress, la reprise du travail, la nutrition ou les troubles de la concentration. Les groupes comptent huit personnes. « Les activités se font en groupe, mais elles sont personnalisées pour chaque patient, en fonction de sa capacité physique et psychologique », précise Morgane Grosset. Historiquement très féminins, ces groupes accueillent aujourd'hui deux à trois hommes en moyenne.
« Je suis trop fatigué pour ça »
C'est l'objection la plus fréquente, et la plus légitime. « Le patient est dans une phase de doute, un peu dans la tourmente et la tempête. Ça fait beaucoup d'informations pour lui. Nous avons des patients qui nous disent : je suis très fatigué, donc je ne peux pas », rapporte la cadre de rééducation.
L’équipe médicale est alors en capacité de mesurer cette fatigue. L'échelle de Piper, un questionnaire rempli à l'entrée puis à la sortie, quantifie le niveau de fatigue. Les résultats 2025 sont sans ambiguïté : 74 % des patients pris en charge voient leur fatigue diminuer. Le test de marche de six minutes, lui, montre une amélioration du périmètre de marche chez 72 % d'entre eux. Certains arrivent essoufflés au premier étage des escaliers et repartent capables d'en monter quatre.
Le calendrier compte autant que l'intensité. « Plus on commence tôt ce type de programme, meilleure sera la gestion de la fatigue », insiste Morgane Grosset. Dans le cancer du sein, la baisse observée se situe entre 25 et 35 % ; elle peut atteindre 40 % lorsque l'activité est engagée le plus précocement possible dans le parcours.
L'après-programme, préparé dès le premier jour
Dix semaines ne font pas une habitude. Toute une partie du travail des enseignants APA porte donc sur ce que l'équipe appelle la phase 3 : identifier avec chaque patient une activité qui lui plaira vraiment, puis l'orienter vers une association de son secteur, un créneau de piscine, la Ligue contre le cancer, souvent à faible coût, parfois gratuitement. En parallèle, l'application Axomove permet de poursuivre à domicile des séances préparées sur mesure, avec un retour direct au professionnel après chaque exercice.
Reste un ingrédient que le programme n'avait pas anticipé : le collectif. « Ils rentrent tous ensemble et sont ensemble pendant dix semaines, ils vivent une aventure humaine assez forte », observe Morgane Grosset. Des amitiés se nouent. Bien souvent, des marches et des séances de natation s'organisent en post-séjour entre patients du groupe. Certains anciens participants ont même créé leurs propres associations pour accompagner les aidants et/ou les patients à traverser cette étape de vie.
« L'idée de ce programme est d'offrir au patient un tremplin lui donnant des clés pour améliorer sa qualité de vie et préserver sa santé en toute sécurité », résume la cadre de rééducation. Avec une réserve essentielle : une activité non contrôlée peut être dangereuse. La reprise doit rester progressive et ajustée à l'évolution de l'état de santé. « Il y a un avant et un après dans cette pathologie. Nous voulons leur montrer que malgré la maladie, ils peuvent encore faire plein de choses. »